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Unité française créée immédiatement
après
le débarquement américain au Maroc,
le "G.S.A." - Groupe Spécial d'Artillerie.
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Extrait du témoignage de Pierre Baclin, agent motocycliste
de liaison en Tunisie, qui à rempli les fonctions de
Maréchal des Logis, chef de pièce au IV/63eme
R.A.A. au cours des campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne.
Tous les dessins qui accompagnent le texte sont de Pierre Baclin.
En 1942, les responsables de l'Artillerie française au
Maroc créent deux sections anti-chars qui doivent être
immédiatement opérationnelles sur le front tunisien.
Dénommé G.S.A. - Groupe Spécial
d'Artillerie - cet ensemble est équipé d'emblématiques
canons de campagne, au calibre de 75 mm, millésime 1897,
montés sur affûts crinoline de marine et fixés
sur des camions.
Si quatre engins de ce type, sans plaques de blindage, baptisés
"ensembles mobiles", voient ainsi le jour en Algérie,
dans la région d'Oran, leur immobilisation fut décidée
après une utilisation malheureuse contre les Américains
au moment du débarquement du 8 novembre 1942.
La clandestinité.
Dès l'armistice, des dépôts clandestins
sont créés, en février 1941, le Général
Weygand donne une impulsion vigoureuse à cette action.
Ainsi des officiers, sous-officiers, techniciens
, récupèrent,
transforment, camouflent dans des conditions difficiles un important
matériel de guerre. L'Arsenal de Meknès mène
une importante activité dans ce domaine.
Le 63ème R.A.A. de Fez.
Dès le débarquement US, à Casablanca et
à Fedala, la batterie d'instruction du groupe de montagne
du 63 'me R.A.A. de Fez est réorganisée, de toute
urgence on crée une batterie anti-chars dont l'encadrement
ne comporte que des volontaires.
Une grande activité se déploie avec comme objectif
la Tunisie, et l'on ignore toutefois la nature du matériel
qui sera confié. Pour le réceptionner - transition
rapide du mulet au moteur où, du jour au lendemain, les
très rares conducteurs sont chargés d'apprendre
à conduire à tout le monde - on embarque dans
de vieux camions poussifs réquisitionnés.
Départ avec la fanfare, cela ressemble à une
croisade dont on ignore encore la destination exacte. Si les
supérieurs sont peu bavards; des indiscrétions
nous laissent à supposer que notre armement est camouflé
dans le sud marocain ?
A quelques kilomètres de Fez, l'un des véhicules
tombe en panne, puis c'est le tour du camion "cuisine"...
: conciliabules, puis demi-tour et triste retour au point de
départ, tout penauds, devant les officiels et les musiciens
dont la plupart n'ont pas encore quitté la cour du quartier...
Après avoir bricolé dans les moteurs, un nouveau
départ s'annonce plus discret
., mais c'est sans
compter avec le "contre-ordre"..., puisque
l'on reste sur place quatre jours, dans l'attente qu'un camion
Berliet du Régiment du Train soit mis à disposition.
Destination Kasbah Tadla, capitaine en tête dans
une superbe voiture légère, décapotable,
couleur pastel.
Si le ressort de l'accélérateur de notre véhicule
rend l'âme, c'est tout en roulant que je réussis
à y attacher une ficelle, ainsi est-ce avec la complicité
du chauffeur que je tire sur cette ficelle après chaque
accélération, ce qui nous permet de poursuivre
notre route sans quitter la colonne...
Camion Plateau type "Fardier".
N'ayant il est vrai pas encore vu les chars, tank destroyers
et autres half-tracks de l'armée US, nous réceptionnions
des engins qui, par leur allure, nous surprennent agréablement.
Ainsi nos autos-canons étaient en réalité
dans le civil des camions du type "Fardier",
à châssis surbaissé, destinés majoritairement
au transport de tonneaux de vin. Au niveau du pont arrière
est boulonné un affût crinoline de marine supportant
un tube de 75 de campagne. Des plaques de blindage protégent
le tireur et le pointeur. Ce dernier est assis sur un siège
en tôle, type "machine agricole". Sous
le plancher, côté gauche, un coffre à munitions
contient 40 obus de 75... - une véritable
bombe roulante - , côté droit, un coffre
aux accessoires (fusées, débouchoir pour les
fusants, refouloir, etc...)
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| Ces camions "très
voyants" ont pourtant pu être camouflés
au nez et à la barbe des Commissions de Contrôle,
dans des "Mechta" de la région assez
désertique de Kasbah Tadla et les grottes d'Ouem-Zem.
Sur le retour vers Fez, via Meknès, les trois servants,
installés sur la banquette adossée à
la cabine, éprouvent sa rusticité. Exposés
à tous les vents, ils doivent dans les virages se cramponner
au siège pour ne pas être éjectés.
Meknès.
Casernés au 64eme R.A.A, près du champ de manuvre
d'El Hajeb, terrain propice aux écoles à
feu, en présence des plus hauts dignitaires d'alors,
curieux de voir ce matériel "unique"
et bien "français", nous effectuons
des essais.
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Moment d'émotion, pièce prête, c'est le
test du premier tir..., FEU !!!
Dans le tonnerre du départ, personne ne prend garde
au recul de la culasse qui percute la cabine du chauffeur...
Résultat, une superbe empreinte dans la tôle
arrière de la cabine, et sur les quatre camions, un
seul est épargné. Les essais sont suspendus,
la consternation est générale, mais le besoin
perdure.
Aussi le découpage des cabines s'effectue-t-il à
l'arsenal de Meknès, voici maintenant le chef de pièce
et le chauffeur à l'air libre.
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| Vers la Tunisie.
Embarquement en gare de Meknès sur des plates-formes
ferroviaires. C'est un long voyage d'environ 1 500 kilomètres
à travers l'Algérie jusqu'à la frontière
tunisienne.
Terminus Tébessa, à quelques kilomètres
de la Tunisie, ou nous avons la surprise de constater que
toutes les parties métalliques de notre matériel
ont terriblement souffert de la rouille, culasses coincées,
phénomène dû à la condensation
dans le passage des "tunnels frigidaires".
Première position de Batterie.
Objectif et mission sont confiés à nos officiers,
et par une nuit sans lune, tous feux éteints, nous
approchons de la première position. Il s'avère
que les camions ne peuvent se déplacer sur ce terrain
accidenté, ainsi nous trouvons-nous face à l'évidence
d'un matériel non conçu pour opérer en
terrain accidenté.
L'attente, le camouflage
A l'aube, nous reprenons la progression sur un semblant de
piste, dans la zone contrôlée par nos tirailleurs
et les Américains.
Nous adoptons une mise en position de la pièce, déterminée
par notre chef de pièce, l'Adjudant Meunier, sympathique
personnage haut en couleurs, tête de baroudeur à
la peau tannée, fortement burinée (qui aurait
bien pu figurer dans le film "La Bandera").
Inconditionnel des traditions militaires, il est resté
fidèle à sa tenue de Sous-Officier d'Artillerie
de l'Armée d'Afrique - képi avec couvre-képi,
chèche passé sous la boucle du ceinturon, veste
de drap avec poches à soufflets, culotte de cheval,
houseaux, éperons cliquetants, sans oublier la fameuse
Gandourah bleue à doublure rouge, le panache de l'époque.
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A.F.N.
- 1942 - Canon de 75 sur affût crinoline, camion Fargo.
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| L'anecdote.
Alors que notre canon est placé en position d'attente,
pointé sur un carrefour de pistes, que nous nous activons
a son camouflage à l'aide d'arbrisseaux environnants
- les filets ne sont pas encore compris dans l'équipement
- arrive une jeep avec quatre Officiers - trois Américains
et un Français - très surpris mais heureux
de voir un canon de ce genre à l'affût dans leur
secteur d'opérations. L'officier français nous
informe qu'ils se rendent tous quatre en reconnaissance dans
le Défilé des Dunes..., soit !
La nuit commence à tomber, on distingue faiblement
les silhouettes des cactus, l'on entend les grillons, le front
parait étonnamment calme, le temps passe...
Soudain, un bruit dans le lointain, celui d'un moteur, il
s'amplifie, une petite lueur se précise, se rapproche
,
ordre est donné de pointer sur la lueur et de tirer
aussitôt, prêt..., pièce prête...,
feu ! Départ du premier obus, nous écoutons,
et dans le silence du désert, au loin, des hurlements
se font entendre : "Ne tirez pas, c'est nous"...
Et voilà qu'arrive la jeep de nos quatre officiers,
encore sous l'effet de surprise..., nous avons tout simplement
tiré sur eux !
Finalement, tout se termine dans la bonne humeur..., car
anecdote supplémentaire, "la percussion n'a
pas fonctionnée", les occupants de la jeep
déclarant avec humour avoir ressenti le souffle du
passage de l'obus et subi une forte projection de sable.
L'aube pointe, devant nous le désert et la surprise
de la visite de deux autres jeeps transportant des GI. Si
la petite anecdote à déjà fait son chemin,
notre autocanon fait forte impression, et est "mitraillé"
au Leica, ainsi que notre adjudant qui pose de bonne grâce.
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| C'est ainsi qu'en Amérique,
dans certains albums de souvenir de GI de la 7eme
Armée, on peut sans doute apercevoir le fameux auto-canon
français et le portrait de notre adjudant, un pied posé
sur le marchepied, la main droite sur la boucle du ceinturon,
la tête haute coiffée de son képi de légionnaire
et portant sa splendide Gandourah... du folklore pour
nos amis US qui eux, étaient dans la tenue du combattant
de 1942 avec tout le pratique et l'aisance que nous avons pu
constater. |
| En effet, ne parlons pas du
complexe que nous donnait alors notre équipement vestimentaire,
avec nos culottes de drap, les bandes molletières, les
godillots à clous, la vareuse épaisse et étroite,
ainsi que la fameuse chéchia rouge recouverte d'une enveloppe
kaki servant de camouflage, cette chéchia dont l'équilibre
était plutôt instable. Quant aux matériels
Epilogue.
Les officiers français obtinrent par la suite le retrait
de ces autocanons, et cette petite unité sera alors
équipée de canons anti-chars anglais, du calibre
57 mm, elle accompagnera les unités d'infanterie, tirailleurs
et goumiers de Montsabert, légion étrangère
du général Lecocq, ainsi que quelques détachements
anglais au cours d'opération contre l'Afrika Korps
de Rommel.
Au moment de son arrivée en Tunisie, l'unité
fut considérée comme quantité négligeable
par les alliés de par son armement son équipement
et son habillement hétéroclites, récupérés
de bric et de broc. Mais il faut reconnaître qu'au fur
et à mesure du déroulement de la Campagne, la
condescendance de ceux-ci disparut lorsque furent connus les
faits d'armes de nos fantassins et de nos autres unités
qui en Tunisie se battaient avec si peu de moyens.
Défilant le 20 mai 1943 à Tunis, débarquant
en Italie en novembre suivant avec la 2ème
D.I.M. - Division d'Infanterie Marocaine - équipée
par les Américains, sous le commandement du chef que
fût le général Juin, cette armée
donnera toute sa mesure en faisant preuve de ses qualités
de courage, d'endurance et de technique militaire, supplantant
ainsi celles des alliés lors de la campagne d'Italie.
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Dossier
réalisé et mis en forme par Serge Pivot.
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