Pendant
la 2ème guerre mondiale, les Etats-Unis ont offert de grandes
quantités de matériel à certains pays latino-américains
qualifiés d'amis, dont le Brésil qui s'était
rangé aux côtés des Alliés et envoya
même des unités combattre sur le front italien.
Dans les années 1970, les quelque quarante chars légers
M3 et M3A1 Stuart survivants ont été retirés
du service actif et vendus comme surplus militaires à un
businessman local persuadé qu'ils représenteraient
une valeur historique appréciée dans le futur.

Beaucoup de professionnels ont tenté de les exporter,
comme d'autres l'ont fait en Argentine, mais en vain.
L'aventure Staman.

Les deux M3 et deux M3A1 Stuart
importés par Joop Staman - photo Joop Staman.
A la mi-2007, un ami du Hollandais Joop Staman qui travaille
dans l'agriculture au Brésil l'appelle pour lui signaler
que vingt "vieux chars américains" sont
à vendre dans un ranch situé à environ
200 km au nord de Sao polo. S'agit-il encore de l'une de ces
histoires fumeuses qui se colportent régulièrement
depuis des décennies dans le monde de la collection ?
Pas cette fois ! L'ami brésilien envoie quelques photos
par e-mail à "Joop" qui réagit
sur-le-champ : il s'agit bien de deux M3 et dix-huit
M3A1 Stuart stockés à l'air libre mais
apparemment en assez bon état. Les chars ont l'air en
assez bon état hormis la rouille superficielle et quelques
pièces manquantes.
L'un des deux rarissimes M3 Stuart
achetés par Joop Staman, et gros plan sur
la tourelle polygonale de cette toute première version
- photos Joop Staman.
Il ne lui faut que deux jours pour décider d'acheter
quatre chars et de prendre une option sur les seize autres pendant
six mois. "Joop" veut d'abord tenter l'importation
de quatre chars avant de s'engager dans l'achat des autres car
il s'agit de payer 25 % d'acompte. Il n'a guère de doute
quant à la possibilité de trouver des clients
européens, surtout pour les deux incroyablement rares
M3 construits en été 1941 ; l'inquiétude
tient surtout à l'éprouvante paperasserie qu'il
va falloir accomplir.
Plaquette d'identification du
M3 Stuart n° 1244.
Les deux M3 portent encore des marquages de l'armée brésilienne.
Le moteur radial de l'un des Stuart - photos Joop Staman.
Les six mois de l'option écoulés, l'ami brésilien
rappelle "Joop" pour l'interroger sur sa décision
quant aux seize Stuart restants car "un Américain"
veut faire offre. "Joop" pense qu'il s'agit
d'une ruse pour faire monter le prix car il sait qu'il est désormais
interdit d'importer des chars aux Etats-Unis, faute de l'incontournable
"formulaire 6". Il choisit donc d'attendre.
Erreur
En effet, "l'Américain"
s'avère être Mike Stallwood, le patron bien
connu de RR Motor Services basé dans le Kent,
en Grande-Bretagne. Et Mike a des investisseurs derrière
lui pour payer cash les seize Stuart restants. "Joop"
peste mais, résigné, admet que c'est la vie !
Entre-temps, des centaines d'e-mails sont échangés
avec diverses administrations pour obtenir tel formulaire, tel
tampon ou telle confirmation. Il arrive même que le représentant
local de "Joop" doive prendre l'avion et parcourir
des milliers de kilomètres d'un bout à l'autre
du pays pour obtenir un simple formulaire - cela fait cher
le bout de papier ! Et il ne faut surtout pas brusquer ces
gens sinon l'effet inverse à celui recherché est
garanti ! Il faut apprendre les vertus de l'infinie patience
Trois semaines s'écoulent parfois avant de recevoir un
formulaire, un tampon ou une information nécessaire.
En même temps que cette épuisante "croisade"
se déroule, la préparation de l'expédition
commence. En septembre 2008, les quatre Stuart de "Joop"
- environ 14 tonnes chacun - sont chargés dans
deux conteneurs. Il faut environ trois semaines pour qu'ils
arrivent à Rotterdam. Une fois déchargés,
ils sont acheminés chez Staman International Trading.
Faisant preuve d'une remarquable honnêteté, "Joop"
refuse de céder à la tentation de vendre les chars
aux amateurs - surtout d'Europe de l'Est et de Russie -
qui se bousculent et montent les enchères. Non, il contacte
les amateurs sérieux dans l'ordre où ils s'étaient
manifestés. Les quatre chars ont été rapidement
vendus, bien sûr. Et tous se trouvent fort opportunément
en Europe de l'Ouest.
L'aventure Stallwood.
Mike Stallwood souriant au milieu
de ses seize M3A1 Stuart - photo John Blackman.
Revenons un peu en arrière, quand "Mike"
va voir les seize Stuart encore à vendre. Le lot
consiste en cinq M3A1 avec leur moteur radial 9 cylindres
diesel Guiberson T1020 Series 4 d'origine - seuls 1.285 exemplaires
ont été construits - et onze M3A1 avec
leur moteur radial 7 cylindres à essence Continental
W670-9A - pièces aisément disponibles car ce
moteur a équipé divers avions. Les deux moteurs
développent 250 cv. "Mike" s'engage
sur-le-champ à acheter les seize chars. Mais il y a un
abîme entre la conclusion d'un tel marché et l'acheminement
de ces engins en Grande-Bretagne. Comme "Joop Staman"
en a fait la dure expérience avant lui, "Mike"
affronte une année de démarches administratives
avant que le dossier d'exportation soit complet. Ce cauchemar
achevé, le suivant commence : amener les chars à
un port. En août 2008, "Mike" retourne
au brésil. Avec l'aide de quelques fermiers, il charge
les chars et quelque 60 tonnes de pièces de rechange
dans dix conteneurs.
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L'un des Stuart M3A1 de Mike
Stallwood porte encore sa livrée brésilienne,
et l'intérieur du compartiment de combat - photos John
Blackman.
Le temps du trajet en mer et un premier débarquement
erroné à Anvers au lieu de Portsmouth font que
la cargaison n'arrive que le 17 octobre 2008 à Portsmouth
puis chez RR Motor Services, la société de
"Mike".
D'ici à la parution de cet article, les seize Stuart
seront sans doute vendus, ce qui nous fait espérer en
voir un certain nombre au moins mis en uvre d'ici deux
ans à "Tanks in Town." et dans
d'autres manifestations impliquant des collectionneurs de véhicules
militaires en Europe. Cela pourrait aller plus rapidement :
au début novembre, "Mike Stallwood"
nous a signalé qu'il avait déjà réussi
à en remettre deux en route et que la plupart des autres
pourraient suivre sans travaux majeurs mais qu'en cas de nécessité,
il dispose de deux moteurs diesel et onze moteurs essence de
réserve, ainsi que de soixante tonnes de pièces.
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Par
Alain Henry de Frahan - BMVT.
Avec John Blackman, Classic Military Vehicles
(GB)
Crédits photos: Joop Staman et John Blackman -
www.militaryvehiclephotos.com
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