| C'est, semble-t-il, un exemple unique en son
genre, involontairement issu de la politique de standardisation
née de l'effort de guerre des années quarante aux
USA. A de très rares exceptions près - les voitures
vendues "direct surplus" en 46/47, à la
condition qu'elles n'aient jamais été réparées
par la suite…, tout ce qui de nos jours
porte le nom générique de "jeep" n'est
plus qu'un patchwork confus. Ce qui en fait une spécificité
typiquement gauloise.
A une époque connue, en effet, les choses ont mal tourné
- sic - avec une pointe au retour des matériels usagés
d'A.F.N.. Le célèbre (?) E.R.M. de la "Maltournée"
en a en effet reconstruit plus de deux cent mille en tout, malaxant
allègrement toutes les pièces adaptables de ce
"Lego mécanique" et mariant de manière
délicieusement aléatoire tous les morceaux issus
de Willys MB, Ford GPW et de leur cadette d'une vingtaine d'années,
la Hotchkiss M-201, clone amélioré des précédentes.
Les différences ne sont certes pas énormes, mais
elles existent et on les connaît. A l'époque, rien
ne s'opposait au mixage général dont on cueille
les fruits de nos jours. Cependant, la fascination des étoiles
blanches, conjointement au "syndrome de Bayeux",
ont consacré dans le plus spectaculaire raccourci, ces
approximations renouvelées de quarante ans - et parfois
plus - d'aventures multiples et d'usages divers. Qui n'a jamais
entendu un monsieur déclarer très sérieusement:
"J'ai acheté une vraie jeep Ford du débarquement
aux Domaines - ou ailleurs, ça le fait aussi ! - son
numéro de châssis est le ….., je voudrais
connaître son historique".
Mais le châssis était peut être un Willys,
le moteur un WOF ou un des 75 000 construits par Simca après-guerre,
les jantes de chez Hotchkiss, les pneus mous signés Kléber-Colombes,
voire venus de Cuba ou de Corée, la boite de vitesses
italienne avec pignons en acier doux, l'allumage blindé
en 24 volts et les phares jaunes, les sièges en vinyle
etc... Il a en réalité dans son garage un patchwork
fait de greffes multipliées au fil des décennies,
ayant depuis belle lurette perdu toute authenticité historique,
avec juste quelques rares % de pièces frappées
du "F" déterminant. Car, de leur côté,
le service du Matériel dans sa bureaucratie ardente,
puis le service des Domaines, vendaient des engins déclarés
de telle ou telle marque de manière souvent plus statistique
que réaliste.
Les G.M.C. ont eu plus de chance, en quelque sorte, car jamais
clonés. L'autre E.R.M. spécialisé, à
Neuvy-Pailloux, les refabriquait de A à Z en faisant
disparaître toutes les plaques américaines, ajoutant
des phares et des BO de chez Marchal, avec des organes mécaniques
révisés gaulois. Comme par exemple et pour le
pittoresque, ces moteurs refaits à Molsheim et signé
par… Bugatti. Mais cela restait un G.M.C. de 42 ou 43 malgré
tout, même si les Domaines leur attribuaient parfois,
au moment d'essayer de les vendre, une année de naissance
incompatible avec les archives de Général Motors…
Pour en revenir aux jeeps composites, il y a cependant ceux
qui s'efforcent de respecter l'histoire. Il y eut, en périphérie
toulousaine, un amateur patient - aujourd'hui disparu
- qui achetait des quantités de jeeps et les démontait
entièrement pour récupérer toutes les pièces
marquées du "F" - au départ, même
les verres de phares, les pneus, étaient estampillés
Ford, on avait sa fierté de fabricant ! - Ensuite,
il les remontait avec les pièces non-Ford qu'il avait,
ceci pour les revendre à ses clients moins pinailleurs.
Lui, il avait de quoi refaire "la" vraie Ford,
au bout d'un certain temps, c'était son truc !
Et puis il y a aussi ceux qui ont une Hotchkiss M-201 et l'assument
- sans pour autant y greffer un Indenor sous prétexte
que même avec le Solex ça consomme trop - Ils
en font un modèle A.F.N., Saharien, Circulation Routière
à calandre verte et blanche, voire la version avec un
canon sans recul…, et d'autres encore, profitant sans complexe
aucun des améliorations techniques des années
soixante. Et ils ont raison, après tout. Cela
choque moins le puriste que de voir des "libérateurs"
de défilé, pare-brise baissé sur les étoiles
pour mieux offrir aux regards, par exemple, l'ineffable protection
tôlée très "sixties" des
essuie-glace électriques de chez Marchal, mais arborant
nonobstant des plaques de tableau de bord flambant neuves en
"vrai de vrai américain d'époque".
Il va sans dire que le badaud, au bord de la route, n'y voit
que du feu. Alors, au bout du compte, pourquoi se compliquer
le défilé ? Cela surprendrait bien plus si on
découvrait au cinéma des résistants en
béret, pantalon de golf et … DS 19 à la place
de la traction - avec roues pilote et sans malle arrière
s.v.p., et pourtant le décalage de calendrier est
pratiquement le même…
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