| Amalgamant généralement
les dénominations, Vickers, Bren Carrier, Universal
Carrier, Carden Loyd, T16
, qui de prime abord ne reconnaît
et ne confond plutôt que ne connaît d'aspect
ces petits véhicules légers d'infanterie de l'entre
deux guerres, en forme de "chenillettes", pourvus
d'un rien de blindage, très simples, élémentaires,
actionnés par un moteur central, au train de roulement
frisant la légèreté, ou à l'avant,
cote à cote, sans protection de tête, deux hommes
s'affairent ordinairement, l'un à la conduite, l'autre
au service d'une mitrailleuse
, et n'a en mémoire,
équipant en cette fin 1942 début 1943 les forces
alliées composées d'Américains, de Britanniques,
d'un petit nombre de Français, enveloppés d'un
nuage sablonneux, dans la chaleur torride des déserts
d'Afrique du Nord, poursuivant celles d'une Allemagne nazie
et d'une Italie fasciste ?
Initialement développé dés 1920 à
partir d'une série d'initiatives commerciales, produite
majoritairement par la firme britannique Carden Loyd Tractors
Ltd, copiée de par le monde, la Carden Loyd
s'en vient en droite ligne du principe du " char monoplace"
prôné depuis 1925, et demeurera la clef de la
réussite de toute une série successivement déclinée
sous maintes "Mark"
Hybride ou convertible roues/chenilles, la Carden Loyd
Mark V.
En 1924, deux anciens capitaines anglais, John Carden
et Vivian Lloyd, présentent au Ministère
de la Guerre du Royaume-Uni un engin chenillé de petite
taille, léger, offrant une silhouette très basse,
dont le pilotage se fait en position couchée. Ce véhicule
monoplace, à propulsion, dispose d'un moteur de Ford
T d'une puissance de 14 CV. Cette tankette suscite
grand intérêt du Ministère, et cet engouement
pousse nos deux inventeurs à développer un deuxième
prototype plus abouti dont les améliorations résident
principalement en un conducteur à califourchon sur
le moteur, pouvant freiner au moyen de pédales actionnant
des freins à tambours, un arbre-moteur disposé
à l'avant, une suspension sans ressort composée
alors de quatorze galets en fer disposés sur un longeron.
Satisfaits de ce second coup d'essai, nos deux ex-officiers
déposent brevet. Le prototype officiel demeure toujours
monoplace, pèse 1,6 tonne, possède blindage
de 6 à 9 mm., se déplace aux vitesses de 50
km/h sur roues et de 24 km/h sur chenilles, son armement réside
en une simple mitrailleuse légère Vickers 303.
Son rôle double, des missions de reconnaissance et le
transport d'armes et de munitions pour l'infanterie et son
prix de revient faible entraînent son succès
immédiat auprès de l'état-major britannique
et de surcroît en fait un produit idéal pour
l'exportation.
De 1926 à 1928, quatre évolutions de la chenillette
s'ensuivent, ainsi les quatorze galets en fer sont-ils remplacés
par quatre galets en caoutchouc puis par cinq rouleaux porteurs,
les chenilles d'un modèle plus robuste augmentent la
durée de vie sur route, la mitrailleuse légère
cède place à une mitrailleuse lourde d'un calibre
plus élevé - Vickers 50 ou 12,7 mm, la
caisse élargie la chenillette devient biplace, le blindage
est surélevé à droite, la silhouette
générale aplatie..., enfin le moteur, toujours
un Ford, gagne en puissance - 26,6 CV. Chaque modèle
de chenillette est ainsi livré à l'armée,
qui le cas échéant. les modifie selon ses besoins
et dévolutions finales.
Hier comme aujourd'hui, "protection et mobilité"
demeure l'un des récurrents dilemmes de la locomotion
et du déplacement d'une armée, mythes et principes
existent depuis l'Antiquité, "mobilité"
comme celle de Mercure, dieu romain, messager des autres,
patron des voyageurs, du commerce, également des voleurs,
menteurs, et
médecins, avec ses "pieds
ailés", du "véhicule protégé
par une carapace" et Léonard de Vinci d'en
dessiner projet. A l'instar d'autres comme "l'épée
contre le bouclier", le "boulet contre la
cuirasse", celui de "la roue ou de la chenille"
ne cesse également de faire débat : si la
"chenille" tire quant à elle son nom
de ce petit animal dont la reptation lui permet de passer
partout et de présenter au sol une pression infinitésimale,
à contrario, la roue offre bien souvent la mobilité
recherchée.
Avec "l"age du fer" que de protagonistes
ne s'y essayèrent ?
A gauche, en 1927, Vickers
& Volseley.
C'est pourquoi, tentant également le compromis
"chenille / roue", Carden et Lloyd projettent
et conçoivent-ils cet engin hybride désigné
du vocable Carden Loyd Mk.V.
Chenillette Carden Loyd MK
V.
Ses variantes.
En regard des précédents modèles, sa
particularité première est d'être instantanément
convertible chenilles/roues. En effet, si la novation réside
en l'architecture principale d'un tricycle biplace, aux pneus
gonflables, les chenilles restent montées sur un train
de roulement en acier moulé, le blindage ne change
point mais l'armement est à nouveau constitué
de la mitrailleuse légère Vickers, le poids
est plus faible - 1,13 tonne - le moteur moins puissant -
22,5 CV - la vitesse des chenilles sur route alors meilleure
- 35 km/h. - ainsi ce "système" était-il
supposé faire gagner du temps à l'équipage
et permettre d'augmenter la durée de vie des chenilles
?
Commandée et construite courant 1928 à huit
exemplaires, l'entreprise Carden Loyd Tractors Ltd
est cette même année achetée par la firme
Vickers Armstrong, la production de cet "éléphant
blanc" qu'est la chenillette mixte arrêtée
au profit de la chenillette Mk VI, modèle non
mixte, équipé d'un moteur plus puissant et de
40 CV., constituant l'évolution ultime, qu'elle se
charge de produire et de commercialiser de par le monde.

Bovington Tank Museum, Généalogie
Carden Lyod, présentée la Mk_VI, derrière,
au mur, forme de "passage de relais", la
MK V.
Pour clore ce chapitre et rendre à César ce
qui - paraît-il - lui appartient, sachons que
les chenillettes françaises non armées Renault
UE et Lorraine - plutôt des tracteurs
- furent calquées sur la Carden Loyd.
Serge Pivot.
|